Avec Dans les veines de Morgane Caussarieu, le vampire sanguinaire a encore toutes ses dents

La couverture du roman de vampire sanguinaire Dans les Veines de Morgane Caussarieu aux éditions Mnémos, avec la mention Parental Advisory ajoutée dessus

Si le vampire sanguinaire et maléfique des origines est en voie de disparition, acculé par une bit-lit phobique des meurtres vampiriques, c’était sans compter Morgane Caussarieu et son premier roman Dans les Veines, qui débarquent aux éditions Mnémos. Avec la volonté affichée de nous offrir un « anti-Twilight« , ce jeune auteur nous livre l’histoire d’amour d’une lycéenne et d’un vampire sanguinaire et pousse, par la même occasion, un cri d’alarme pour la préservation du vampire maléfique.
Face à une telle présentation, on ne peut que se demander comment Morgane Caussarieu réussit à faire rimer romance juvénile et meurtres vampiriques ; surtout dans une oeuvre qui se proclame dans la lignée de Poppy Z. Brite, figure majeure du splatterpunk, plus que de Stephenie Meyer. Tout comme j’avoue mettre dit qu’un parti pris et un univers aussi particuliers tenaient de la gageure pour un premier roman. Mais, confiant dans le talent – déjà maintes fois prouvé – des éditions Mnémos à dénicher de nouveaux talents, je décidais de tenter l’aventure et ouvris, donc, Dans les Veines sur fond de punk hardcore…

Dès les premières pages Morgane Caussarieu donne le ton : toi qui tournes cette page, oublies les vampires végétariens et abandonnes tout espoir… C’est donc les instincts grégaires chargés d’espérance que je poursuis.
L’histoire nous donne rapidement à suivre des destins parallèles et c’est, dans un premier temps, sans lien apparent que l’on saute d’un protagoniste à l’autre. Un parti pris intelligemment servi par un narrateur atypique, puisqu’il embrasse le point de vue de chacun tout en restant omniscient. Ce qui n’est, au final, pas sans rappeler la trame narrative de films comme Arnaques, Crimes et Botanique de Guy Ritchie – dans un tout autre genre.
C’est ainsi que l’on découvre pêle-mêle les quatre membres d’un groupe de vampires sanguinaires fraîchement débarqués dans la nuit bordelaise ; le commissaire Baron et sa coéquipière, le lieutenant Brune, qui enquêtent sur la récente et très conséquente, hausse des meurtres sanglants dans la ville ; ou encore Lily, lycéenne désespérée en proie à un profond mal être et fille du commissaire. Des destins qui semblent plus parallèles qu’ils ne le seront au final et qui finiront par se percuter dans le noeud de l’histoire d’amour de Lily avec le très séduisant et maléfique vampire Damian.

Dans les veines : Le vampire sanguinaire et maléfique…

Et c’est bien là le propos premier de Morgane Caussarieu avec Dans les Veines : une histoire d’amour entre un vampire maléfique, bien plus que protecteur, et une adolescente. Autrement dit : un « anti-Twilight« … Un pari osé que l’auteur remporte, selon moi, haut la main. Combinant avec intelligence un excellente – pour ne pas dire bluffante – culture vampirique à une très pertinente analyse du phénomène bit-lit, elle parvient à construire une romance plausible et réaliste, loin des velléités à l’eau de rose pour jeunes adultes acnéiques. Les références à l’oeuvre de Stephenie Meyer sont exploitées à bon escient pour mettre en exergue une vision beaucoup plus réaliste de la psychologie de Lily et Damian, les reflets obscurs de Bella et Edward. Un point de vue qui permet de renouer avec la symbolique première du vampire sanguinaire, qui incarne de nouveau – et pour notre plus grand plaisir – l’inversion des forces psychiques contre soi-même. Cependant, limiter le travail de Morgane Caussarieu à un retour de la figure symbolique primordiale du vampire maléfique ne serait pas lui rendre justice et sa vision personnelle de l’état vampirique ravira même les plus blasés du genre.
Mettant à profit un univers splatterpunk servie par une plume méticuleuse et crue, l’auteur explore les réalités physiologiques du vampire sanguinaire et nous offre un point d’originalité qui fait toute la différence. Si les vampires de Morgane Caussarieu ne dérouteront personne et rappellerons, sans conteste, aux lecteurs de bons souvenirs, ils ne sont pour autant pas les copies bêtes et méchantes des leurs prédécesseurs. En effet, les vampires de Dans les Veines ont besoin d’absorber des larmes pour pleurer de l’eau salée et non du sang, d’avaler du sperme pour éjaculer, etc., en plus de leur nécessité de boire du sang, bien sûr. Une « nécessité » de boire du sang qui se rapproche, d’ailleurs, davantage de la nécessité qu’a le junkie de consommer sa drogue, que de la nécessité vitale qu’a l’être humain de boire de l’eau. Un parti pris qui ouvre des perspectives intéressantes dans le traitement du vampire en tant que monstre. En effet, le lecteur n’ignorant dès lors rien des réels nécessités de l’état vampirique, il obtient la capacité de juger parfaitement ce qui relève de l’état vampirique des protagonistes, de ce qui relève de leur propre perversion. Ce qui, au fond, met les êtres humains et les vampires au même niveau…

…par Morgane Caussarieu

Photo de Morgane Caussarieu, qui renoue avec le vampire sanguinaire dans son roman Dans les Veines, par Patrick Imbert

Morgane Caussarieu arrive ainsi à nous offrir un univers tout personnel, qui reste cependant ancré dans la tradition du genre. Un univers pourtant particulier, ne serait-ce que par sa noirceur et sa violence, qui aurait pu tomber à plat sans un réel talent dans l’écriture. Car c’est là un des autres points forts de cette oeuvre : la plume de l’auteur. L’écriture, très visuelle, nous entraîne immédiatement dans son flot d’images et nous catapulte en plein film de genre, de l’autre côté de la toile. Une imagerie de film d’horreur – par moment on a presque envie de parler de « plans » – très forte, mais heureusement sans excès et qui évite avec brio l’écueil de tendre vers la prose scénaristique. Le passage de la demoiselle par la case cinéma se fait donc clairement sentir et nous offre ainsi le frisson de vivre un film gore de l’intérieur. Un vrai bonheur. Par ailleurs, si la prose est crue et méticuleuse dans les détails de l’horreur, elle ne tombe pour autant jamais dans la facilité de la surenchère et de l’horreur gratuite ; un point à saluer tant la tentation doit être grande. D’autant que la plume de Morgane Caussarieu n’est pas dénuée d’un certain lyrisme, prenant par moment des accents de poésie rock. Un trait qui, je l’espère, prendra plus de place dans ses futures oeuvres, car ce sont des moments où j’ai, tout particulièrement, eu le sentiment de voir le style propre de ce jeune auteur.
En effet, les influences de la demoiselle se font encore clairement sentir, – très – notamment celle de Poppy Z. Brite, même si elle est clairement revendiquée, ou encore celle de Stephen King – que je rajoute même si elle n’est pas revendiquée. De fortes présences littéraires qui, si elles sont loin d’être déplaisantes, on cependant le défaut de masquer encore un peu le style propre de Morgane Caussarieu. Par ailleurs, si j’ai d’autres réserves à faire sur Dans les Veines, elles sont également quelque peu mesquines, car elles tiennent toutes dans cette idée : jeune auteur ; ou, si vous préférez : oeuvre de jeunesse. A prendre dans leurs acceptations les plus positives, bien entendu. Ainsi, ai-je trouvé que le jeune auteur s’essoufflait quelque peu sur les quelques trois cents pages du récit de vampire sanguinaire. Quelques passages un peu moins développés ou dosés que l’idéal l’aurait voulu, où, si l’intrigue se poursuit sans mal, l’univers s’estompe quelque peu. Mais il n’y a objectivement rien qui vienne gâcher le plaisir de la lecture et certains pourraient même trouver que je pinaille. D’autant qu’une parfaite maîtrise s’acquière avec une grande expérience et que la demoiselle n’a « que » 24 ans… Qui plus est, j’ai lu des premiers romans, d’auteurs depuis confirmés voir multi-primés, beaucoup moins aboutis. Autant dire que si, en définitive, il s’agit par essence d’une oeuvre de jeunesse, Morgane Caussarieu peut en être extrêmement fière.

Dans les Veines est donc une véritable réussite, que ce soit dans la volonté de l’auteur de faire un anti-Twilight ou, dans celle de faire ressurgir le vampire sanguinaire et maléfique de son caveau. Le tout appuyé par un talent indéniable, que l’on aurait tort de ne pas suivre dans l’avenir. Bref, si c’est quelque peu dubitatif que j’ai ouvert ce roman de vampire – tant je me méfie des effets d’annonces -, c’est clairement conquis que je l’ai refermé, déjà impatient de lire un nouveau livre de Morgane Caussarieu. Et si un univers aussi résolument splatterpunk ne fera, par essence, pas l’unanimité, je ne doute pas qu’il saura conquérir son public parmi les amateurs du genre. Bravo Mlle Caussarieu, je vous tire mon chapeau bien bas et tiens fermement mon ticket pour votre prochaine parution !
Vous êtes maintenant un public averti…

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